28 avril 2017  

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Dernière mise à jour : 14 septembre 2007

 Débat sur l'énergie

Contribution pour un positionnement syndical sur les questions énergétiques



Le débat sur les énergies ouvert par le gouvernement : un débat en trompe l'oeil !

Le gouvernement a lancé un débat sur les énergies. Le parlementaire en mission, J. Busson en dresse le contour idéologique ; «Jusqu’à présent, la politique énergétique française a été décidée dans les cénacles, techniques ou politiques. Mais aujourd’hui, nous sommes confrontés à des enjeux environnementaux et énergétiques mondiaux et l’énergie est un sujet de vie quotidienne qui concerne tous le monde. Mais pour cela encore faut-il comprendre de quoi il s’agit… Or 70% des Français s’estiment mal informés sur ces questions… Tous les acteurs de la société civile doivent y participer, c’est la garantie de la transparence et de l’impartialité».

Déclaration qui fleure bon les appels un tantinet démagogiques à la mobilisation de la France d’en bas. Durant quelques mois, il s’agirait donc d’informer le public sur les énergies et de tenir compte (comment ?) de ses avis… Mais à travers les discussions foisonnantes et bien pensantes sur le « Développement durable » ne s’agirait-il pas plutôt d’une démarche, fort concrète, d’installation très durable de la filière électronucléaire (meilleur rempart contre l’effet de serre-axe du mal environnemental) dans le paysage énergétique hexagonal ? Et qu’importe si l’électricité occupe une place à la fois importante mais relativement modeste dans le registre des énergies en général. Comment ne pas se souvenir qu’en juillet 2002, Mme Fontaine déclarait «Il conviendra également que le parlement confirme, s’il le souhaite, par un vote solennel, le recours durable à l’énergie nucléaire dans le respect de notre environnement».
De son côté, en juillet, toujours, M. Raffarin déclarait devant le parlement «Dans le domaine de l’énergie, un grand débat public sera ouvert et suivi d’un projet de loi d’orientation qui consacrera une place reconnue pour l’énergie nucléaire». Curieuse impression d’un débat déjà ficelé avant d’avoir été mené !

Débat portant soi-disant sur les énergies en général (qui devrait embrasser les stratégies envisageables, les incidences de tous les risques environnementaux sur les choix à moyen et long terme, les difficultés d’ordre économique et industriel liées à ces choix, les implications à terme sur les modes de vie, etc…), mais qui est réduit dans ses conséquences concrètes à celui sur la validation du choix à long terme de la filière électronucléaire. Débat sur l’électronucléaire, figure imposée donc… Qui s’articule cependant très peu autour du solide rapport récent sur la filière produit par Charpin, Dessus et Pellat à la demande du gouvernement précédent (qui l’avait du reste mis sur une étagère !) . Débat qui envisage des échéances parlementaires de validation du choix électronucléaire … qui ne tiennent même pas compte de l’échéancier (bilan final en 2006) de l’évaluation des axes de recherches conduites sur les déchets (transmutation, conditionnement, stockage…) dans le cadre de la loi Bataille de 1991 !

Ce débat ainsi que les déclarations et prises de position de la commission européenne visent à préparer idéologiquement un contexte de reprise à terme du développement de la filière électronucléaire (sans préjuger de sa réalisation dans un contexte de libéralisation totale du secteur électrique supportant mal des retours sur investissements très longs ! ). En France il s’agit aussi d’établire le contexte de lancement à court terme du projet de centrale EPR dont le bien-fondé est discutable. Au-delà des échéances et des conditions du débat, il est l’occasion de mener au sein du syndicat des réflexions sur le positionnement d’un syndicat (de surcroît un syndicat de l’énergie) vis à vis de la finalité industrielle des IEG, ainsi que sur la place des acteurs sociaux dans la définition du fonctionnement et des buts d’un service public de l’énergie.


Quel positionnement syndical sur les questions énergétiques en général et les filières de production d’électricité plus particulièrement ?
Il y a 28 ans… C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes !


Il est intéressant de revenir sur le contenu de la brochure édité en 1975 par la CFDT, reprenant les discussions dans les secteurs énergie et chimie pour positionner la confédération à un moment clé de choix énergétique en France. Les éléments clés du contexte de l’époque repris comme toile de fond de la position confédérale peuvent être résumés ainsi :

  • Contexte de crise d’approvisionnement en pétrole (importé) ; l’approvisionnement en gaz n’est pas considéré comme une question majeure

  • Une raréfaction des ressources pétrolières est en vue à l’horizon 2030 ;

  • Epanouissement d’une crise économique se traduisant par l’ébauche d’un chômage de masse et une inflation importante

  • Démarrage d’un parc nucléaire à base de PWR , technologie américaine Westinghouse alors que, en Grande Bretagne et en France, les filières électronucléaires embryonnaires ( relativement ) sont de type uranium-graphite gaz. Ce sont d’emblée des dizaines de milliers de MW qui sont envisagés sur 20 ans, sur la base d’un développement de la demande d’électricité multipliée par 2 tous les 10 ans

  • La sûreté des installations nucléaire est assurée par des organismes totalement liés au secteur

  • Un début de prise de conscience de masse sur les méfaits de la « pollution »industrielle se développe, dont rend compte la création d’un ministère se préoccupant de l’ « environnement ».


La position confédérale est établie dans la brochure à partir de plusieurs considérants :
  • «La CFDT n’est pas opposée par principe à l’utilisation pacifique du nucléaire civil. L’accélération du programme ne permet pas de maîtriser cette énergie dans des conditions optimales de sécurité»

  • «A la politique à court terme basée sur le profit des firmes multinationales et de leurs alliés politiques, la CFDT oppose la planification démocratique et l’élaboration d’objectifs de transformation vers un autre type de société : des modifications profondes de structures s’imposent qui doivent marquer une rupture avec le système capitaliste qui est à l’origine de la crise actuelle»

  • Nécessité d’une loi nucléaire, d’une responsabilité publique de l’ensemble du cycle du combustible de la filière électronucléaire, d’une publicité des informations nécessaires au débat public. «Les experts se battent à coups d’arguments contradictoires au sujet de cette filière, ce qui montre que les questions importantes ne sont pas résolues» ;

  • Dans le débat nécessaire, «il ne s’agit pas pour la CFDT de définir un contre plan ou d’opposer une technocratie à une autre» ;

  • Concernant la filière électronucléaire, l’information doit se nourrir de données sur les différentes sources énergétiques, sur les conditions de travail des personnels concernés par les filières énergétiques, sur les questions de sécurité des installations nucléaires, des effluents et des déchets, des risques écologiques ;

  • Pérenniser un mix énergétique pour la production d’électricité, ne remplaçant pas le tout pétrole ( nous sommes en 1975) par le tout nucléaire ;

  • Définir collectivement les besoins sociaux, développer les équipements collectifs, les produits durables, économiser les énergies primaires ;

  • Etablir les conditions d’une «indépendance vis à vis du colonialisme technocratique des firmes multinationales» et définir de nouveaux rapports de coopération avec les pays producteurs d’énergie primaire ;

  • Subordination du développement raisonné d’un programme électronucléaire à une série de conditions (politique industrielle nationale, coopération européenne sur les sites, maîtrise de la sûreté et limite des nuisances, améliorations des conditions de travail et de l’emploi, éviter que la sûreté n’entraîne une dérive sécuritaire de l’Etat, etc…).


En ce qui concerne plus spécifiquement l’approche des risques :

  • «Est-ce que dans l’état actuel des techniques, de l’organisation de notre économie et même du fonctionnement de nos institutions et de l’ensemble de notre société, nous pouvons garantir qu’une telle sécurité est assurée ?»

  • «Il y a eu peu d’accidents graves (aucun créant des dommages importants à la population) mais l’industrie nucléaire est jeune, l’expérience de fonctionnement des centrales courtes, et il y a eu tout de même suffisamment d’incidents techniques importants pour que l’on soit méfiant ». D’autre part, il n’existe pas de comparaison sérieuse, fait d’un niveau global, de la sûreté de fonctionnement des différentes filières»

  • «Récemment, les résultats de l’étude du Pr. Rasmussen ont rempli de joie les pro-nucléaires acharnés qui s’empressent de les utiliser : il y aurait très peu (pratiquement aucun) d’accidents nucléaires graves. Mais, si la méthode utilisée par Rasmussen est très riche d’enseignements, comme analyse détaillée des diverses éventualités prévisibles d’accidents, il n’est pas honnête d’utiliser ses résultats sans une critique détaillée de leur élaboration, ni d’accorder une telle importance à des probabilités calculées en fonction d’hypothèses discutables, alors que l’expérience de fonctionnement de ces réacteurs est encore aussi faible. De plus, il est impossible de faire entrer dans des prévisions de ce type des évènements fortuits : sabotage, guerre ».

  • « Mais les accidents des centrales nucléaires ne sont pas les seuls à prendre en compte dans une évaluation des risques. IL est à peu près certain que, dans ce domaine également, ce sont les combustibles irradiés qui vont poser le plus de problèmes (transport, traitement, stockage)(…) ».

  • « Un problème plus fondamental que le traitement des déchets est celui de la durée de vie radioactive : jusqu’à quelques milliers d’années pour les produits de fission, de l’ordre de centaines de milliers d’années pour le plutonium et les transuraniens. Ces ordres de grandeur dépassent toutes les prévisions humaines (…) ». «L’attitude officielle, tout en reconnaissant l’importance du problème, s’oriente aujourd’hui vers une appréciation optimiste : «on trouvera bien quelque chose pour se débarrasser des déchets» (…) ».



    Le contexte 28 ans après

    • En France, l’électronucléaire produit 80% de l’électricité à partir d’une filière francisée. Toute une filière CEA-Cogema-Andra s’est pérennisée autour de l’électronucléaire mis en œuvre par EDF ; elle a de plus en plus de mal à remporter des contrats à l’extérieur de l’hexagone ;

    • La demande en électricité, tant en France que dans l’Union Européenne ne se développe pas aussi rapidement qu’envisagée, induisant une surcapacité nucléaire en France (utilisation à moins de 70% du parc) et un arrêt de commande de centrales par manque de nécessité. Le même phénomène est constaté en Europe, accentué par des volontés gouvernementales(hors Finlande ) de ne pas poursuivre la filière au bout de la vie des centrales (qui est prolongée au-delà de la trentaine d’années initialement envisagées). Cette situation entraîne déjà des questions sur le rétrécissement à terme des activités nucléaires françaises articulées autour de la production électronucléaire d’EDF. Elle entraîne également une réflexion sur la perte du savoir-faire lié à l’arrêt du développement de l’électronucléaire d’ici 2020 –2030 (si la vie des centrales existantes est prolongée jusqu’à cet horizon ) ;

    • Malgré le poids de la filière électronucléaire dans la production électrique européenne et surtout française, cette filière pèse relativement peu dans le bilan de la consommation énergétique finale (établi à partir d’équivalence pétrole-Tep) ;

    • En effet, l’électricité participe à hauteur de quelque 22% en France au bilan établi en prenant comme référence une substitution des unités électronucléaires par des cycles combinés gaz naturel. La filière électronucléaire dans ce contexte contribue à 17% de la consommation finale, alors que la consommation de pétrole par habitant en France demeure du même ordre de grandeur que la moyenne de l’Union Européenne ;

    • Actuellement le secteur tertiaire/habitat consomme 63% de l’électricité globalement consommée en France (environ 30% sont utilisés pour des usages thermiques). La moindre consommation du secteur industriel est liée à la fois à la crise du secteur et à une meilleure utilisation énergétique ;

    • La question de la diminution de quantité de déchets radioactifs utilisés produits par la filière électronucléaire, une fois passée la première vaque de chargement d’une vingtaine de réacteurs avec du MOX, reste pendante : le retraitement/MOX ne permettra de réduire que de 12% le volume final de déchets de forte activité à durée de vie longue, d’ici 2020-2030… pour un coût de plusieurs milliards mais «faisant vivre» la filière combustible-retraitement ;

    • Malgré l’installation d’une autorité de sûreté, contrôleurs et contrôlés participent toujours d’une démarche incestueuse en France ; la nécessité d’un contrôle indépendant et conséquent de la sûreté et de l’impact reste encore d’actualité depuis 1975 ;

    • Alors que les nuisances traditionnelles des effluents atmosphériques et aquatiques du thermique classique (charbon, gaz, fioul) seront en voie de diminution notable dans l’Union Européenne durant la présente décennie, la question des gaz à effet de serre et de changement climatique planétaire qui en découle, vient impacter la pérennité de la filière thermique conventionnelle. Les centrales à charbon, qui produisent environ 10% de l’électricité mondiale, participent pour environ 30% aux émissions mondiales de CO2 (ce gaz intervient lui-même à hauteur de 60% dans le potentiel des gaz à effet de serre émis) ;

    • Les échéances d’épuisement des sources énergétiques traditionnelles, pétrole et gaz, malgré l’amélioration des conditions d’extraction, semblent de plus en plus probables d’ici 50-60 ans. Le charbon constitue l’énergie primaire restant disponible sur 200 ans pour fabriquer des substituts aux produits pétroliers, avec l’épée de Damoclès de l’effet de serre suspendue au-dessus de nos têtes… Les dérivés pétroliers sont massivement utilisés dans le transport de façon croissante (l’inverse est observé dans le secteur électrique, notamment dans l’Union Européenne) ;

    • Malgré les politiques volontaristes et abstraction faite des conséquences contradictoires du libéralisme sur l’appareil de production d’électricité, les énergies renouvelables ne pourront assurer une contribution notablement croissante aux besoins en électricité de la planète, fussent-ils en faible développement. En 2001, à l’échelle planétaire, l’ensemble des ENR impliquées dans la production d’électricité « verte » assurait 18,5% de la production totale ( dont 91% d’hydraulique) ; les ENR y contribuaient à hauteur de 20,6% en 1993 ! Une tendance inverse est observée dans l’Union Européenne où l’éolien se développe (15,2% en 1993, 17% en 2001) avec un objectif de la commission de 22% à base d’ENR en 2020 ;

    • Le secteur de l’électricité et du gaz est soumis à l’épreuve du libéralisme alors même que les discours sur le Développement Durable fleurissent au sein des entreprises, notamment celles du CAC 40. Un grand nombre d’entreprises du secteur ont été totalement ou partiellement privatisées dans l’Union Européenne et, en France, gouvernement et directions d’EDF-GDF souhaitent ouvrir le capital des entreprises nationales. Quel que soit leur statut, toutes les entreprises du secteur de l’énergie se restructurent et segmentent leurs activités en autant de centres de profit dans le nouveau marché électrique et gazier où le maître mot est concurrence. La notion de service public fait place à celle de service universel et le consommateur devient un client qu’on démarche et qu’on force à consommer pour augmenter les profits des entreprises ;




    Quel positionnement syndical dans ce nouveau contexte ?

    1. Syndicat des personnels des industries électriques et gazières, nous nous positionnons comme défenseurs de leurs conditions de travail, de leurs statuts et de son extension à l’ensemble des travailleurs du secteur. Ce statut relativement protecteur est un élément important de garantie tant de leur sécurité d’emploi que d’un cadre permettant des conditions correctes de sécurité et de sûreté, depuis la fabrication jusqu’à la distribution ,de l’énergie dont bénéficie l’ensemble des consommateurs. En effet, l’existence d’un tel statut permet une moindre subordination à l’égard d’une recherche systématique de gains de productivité de la part de l’employeur, aux dépens de la sûreté notamment.
    2. Sud Energie ne prétend pas, au nom d’une « légitimité professionnelle » détenir un pouvoir d’expertise infaillible pour les activités du secteur ; une légitimité contestable qui se ferait fort de définir les bons choix énergétiques en place de ceux des citoyens consommateurs. En effet, un tel regard d’expert au nom de la légitimité professionnelle peut être biaisé par des préoccupations syndicales fortes relatives à l’emploi et à la pérennité de l’outil de travail. Un exemple récent d’une telle dérive, celui de la centrale de la SNET à Hornaing. Sa fin de vie est programmée dans quelques années alors que la région est ravagée par le chômage. La SNET propose d’y brûler, en co-combustion avec les scories minières habituelles, des farines animales… L’arrêté préfectoral impose une combustion complète, ce qui entraîne une limitation drastique des rejets d’imbrûlés par la cheminée que ne peut respecter cette centrale ancienne, faute de moyens de dépollution performants. Eh bien, qu’importe… sous diverses pressions, la DRIRE revoit à la baisse l’exigence initiale de taux de combustion. Conséquences : bisbilles entre les maires environnants et les syndicats de la centrale, avec cette forte pensée d’un représentant du personnel : «c’est pas des bêtes folles qu’on brûle, c’est du résidu de chaîne alimentaire. Bientôt les gens vont voir des cornes sortir de la cheminée». Les chercheurs de l’INRA, passionnés par leurs travaux et qui défendent le bien fondé de l’utilisation d’OGM ne sont pas non plus les garants d’une expertise impartiale.
    3. Sud Energie se veut, par contre, défenseur d’un service public pérennisé de l’énergie. Différent d’un service universel, le service public que nous défendons est un instrument de cohésion sociale, d’aménagement conscient du territoire. Un service public s’inscrivant dans une démarche visant à une moindre prédation de ressources énergétiques naturelles épuisables d’une part et à une optimisation des consommations énergétiques d’autre part. Nous pensons qu’une telle démarche nécessite une implication forte des pouvoirs publics, disposant des instruments industriels et d’agences publiques ad-hoc. Un basculement significatif du transport routier vers le ferroutage, permettant notamment des glissements de sources énergétiques et une diminution des nuisances, n’est ainsi envisageable en France (et en Europe) qu’avec une telle implication forte des pouvoirs publics, contradictoire avec le libre jeu du marché.
    4. Le secteur énergétique est très hétérogène, à la fois dans ses sources et dans ses applications : les problèmes liés aux transports ne sont pas identiques à ceux posés par la consommation énergétique industrielle et domestique. Les choix énergétiques à moyen terme sont particulièrement complexes, d’autant qu’ils impactent des modes de vie doués de fortes inerties dans le cadre des démocraties représentatives, sans parler de l’inertie des systèmes industriels. Cette complexité doit nous inciter à la prudence et à la modestie dans nos propositions de lignes directrices pour une réflexion s’appuyant sur des données faisant l’objet d’un large consensus et rappelées dans la description du contexte introductif. Sud Energie fait sien le refus de la CFDT formulé en 1975, de définir un contre-plan ou d’opposer une technocratie à une autre. Ce qui n’est pas incompatible avec la proposition de lignes directrices d’orientation, accompagnées des questionnements légitimes concernant les risques afférent à ces orientations.
    5. Sud Energie estime que dans un avenir proche (10-15 ans), la question des choix énergétiques, des filières de production d’électricité, de la disponibilité des ressources, est objectivement peu préoccupante. En effet, les capacités de production électriques existantes ne nécessitent pas d’être brutalement accrues et l’approvisionnement gazier, charbonnier et en uranium est à peu près assuré. Il en va autrement de l’approvisionnement pétrolier, l’un des enjeux de la guerre en Irak, mais celui-ci n’a pas d’incidence sur la production électrique en France et dans l’Union Européenne.

    • Peu préoccupant si les conditions de sûreté de fonctionnement des centrales font l’objet d’améliorations constantes (qui ont leur coût), si la sûreté est renforcée tout au long de la chaîne du combustible nucléaire, si sont développés l’indépendance et les moyens de contrôle de la sûreté ;

    • Peu préoccupant dans ces conditions si les citoyens acceptent les risques sanitaires et environnementaux d’une filière électronucléaire qui fonctionne sans accidents majeurs dans l'Union Européenne depuis 30 ans... mais qui a vu battre en brèche les calculs de risques rassurants lors des évènements de TMI et Tchernobyl. Ces évènements viennent nous rappeler que l’impossible est certain, qu’il n’y a pas de risque industriel zéro. Ceci nous amène à avoir un regard critique vis à vis de démarches du type «coûts-avantages» attachées à la théorie de la précaution, qui ne sont qu’un éclairage de l’évaluation des risques, éclairage souvent biaisé par des a priori au service d’une option industrielle. Une attitude de peur «raisonnée» de notre part ne doit pas nous conduire à nous opposer à un choix majoritaire d’arrêt d’une filière de production (électronucléaire, charbon pulvérisé, gaz) de la part des citoyens, animés d’une peur «irraisonnée» (se traduisant par des moratoires nucléaires dans divers pays de l’UE durant les années 80).


    6. Cet avenir proche, relativement peu préoccupant sur le plan énergétique pour le secteur des IEG, ne signifie pas qu’il ne faut pas en profiter pour préparer les décennies futures, marquées par des prévisions de raréfaction des ressources énergétiques fossiles et de risques environnementaux majeurs.

    • Les choix de filières seront largement tributaires des options d’économie d’énergie embrassant l’ensemble des activités humaines. Ces options sont interdépendantes et ont des implications plus ou moins marquées à terme sur les modes de vie. Leur mise en œuvre implique tant une implication forte de la puissance publique via les mécanismes institutionnels de décision et une possibilité réelle de peser sur les décisions industrielles, qu’une participation active des citoyens. En ce qui concerne le secteur des IEG, il est possible de jouer sur les complémentarités, les substitutions, les rendements et les consommations. Mais la mise en œuvre raisonnée de changements profonds sur le moyen terme est incompatible avec une optique de marchés concurrentiels et de recherche de profits rapides. Elle renvoie à l’approfondissement de la complémentarité des entreprises nationalisées EDF et GDF.

    • Les choix de filière de production électrique seront objectivement tributaires de la raréfaction des ressources fossiles alors que les filières à base d’énergies renouvelables envisageables actuellement ne peuvent prétendre à les remplacer dans un contexte de production centralisée massive. Une plus grande place de systèmes de production décentralisée à base d’ENR ne permettra pas par ailleurs de répondre systématiquement à une consommation électrique instantanée. Pour de nombreuses années, le système décentralisé devra être sécurisé par un système centralisé. Ceci étant, dans un contexte d’amélioration des dispositifs électroniques, il est positif que l’ « électricité verte » se développe. Il est dommage qu’EDF ne se soit pas impliquée fortement depuis une décennie dans l’éolien, assurant les surcoûts immédiats et leur décroissance prévisible d’ici une dizaine d’années. N’oublions pas que les coûts de production nucléaire actuels ont été portés par les investissements publics dans l’ensemble du secteur nucléaire, assurés en partie par EDF.

    • En l’état actuel des recherches, l’apparition de l’hydrogène comme nouvelle énergie propre se substituant aux énergies fossiles est improbable à l’horizon 2020-30. Il n’y a pas d’alternative, actuellement, à une production soit par réformage de dérivés pétroliers ou du gaz avec à la clé un rendement final médiocre d’utilisation d’hydrogène (et des émissions de CO2), soit par électrolyse consommant de l’électricité !

    • L’utilisation de gaz naturel dans le cadre d’une production décentralisée à base de piles à combustible cogénératrices installées dans le tissu industriel ou dans les habitats collectifs renvoie à la chute de rendement lorsque la cogénération cesse, à la maîtrise des émissions atmosphériques polluantes décentralisées, à l’approvisionnement sur le long terme en gaz naturel.

    • Ceci étant, l’acteur public qu’est EDF/GDF doit trouver toute sa place dans l’approche combinée des productions décentralisées et centralisées comme l’une des approches futures d’une gestion économe des ressources primaires fossiles pour fabriquer électricité et chaleur.

    • Nucléaire ou pas nucléaire après 2020-30 ?


    Les filières nucléaires actuelles permettent de réduire les émissions de gaz à effet de serre en produisant de l’énergie à un coût acceptable mais elles posent des problèmes spécifiques de sûreté et de gestion des déchets de haute activité qui présentent un risque à très long terme, et la ressource n’est pas inépuisable. Ces filières ne constituent donc pas la solution aux défis énergétiques du XXIème siècle, mais tant que les combustibles fossiles restent largement dominants, elles offrent un intérêt sur le plan environnemental qui ne peut être négligé.
    Ceci étant, le refus du tout nucléaire et l’arrêt total du nucléaire relèvent du choix majoritaire des citoyens qui sont sensibles à des risques qui peuvent être de grande ampleur, impliquant l’avenir de l’humanité. La dangerosité des déchets nucléaires à échelle de temps considérable pose dans tous les cas (poursuite ou arrêt programmé de la filière électronucléaire) la nécessité de réduire leur production et de poursuivre les recherches en ce sens. La poursuite du retraitement des combustibles usés et celle de l’utilisation massive de MOX ne résout que très conjoncturellement ce problème de réduction massive des rejets de la filière. Reste que cette option industrielle est solidement installée dans le paysage électronucléaire français, et que sa suppression rapide entraînerait de fortes conséquences en terme d’emplois. Elle aurait également des conséquences sur un certain savoir-faire dont la nécessité perdurera quelque soit le devenir des filières électronucléaires actuelles.
    En ce qui concerne l’avenir de la filière électronucléaire, les enjeux majeurs de la recherche concernent la sûreté des réacteurs et la réduction ou l’élimination des déchets de haute activité à vie longue. L’EPR, prototype d’une nouvelle génération de PWR, doit améliorer la sûreté du cœur des réacteurs en prenant en compte la possibilité de fusion ; il introduit des dispositifs de défense, utilise un combustible légèrement plus enrichi… Il n’offre pas une réelle possibilité de limiter fortement le volume des déchets les plus dangereux. Les études de coûts de production basés sur des coûts d’exploitation beaucoup plus faibles que ceux des REP et un taux de charge de 85% semblent très optimistes. En effet, le taux de charge actuel de 70% pour les PWR correspond avant tout à leur sollicitation relativement faible, le parc étant en surcapacité dans le domaine de courbe de charge où se place le nucléaire, situation qui devrait perdurer. Décider d’une nouvelle centrale, même prototype, avant 2015, ne semble pas être un choix solidement étayé sur le plan économique. Selon B. Barré, directeur de la R et D de Cogéma : « en France, si l’on n’a pas besoin de nouvelles unités de production nucléaire avant 2020-30, le projet EPR n’a pas beaucoup de sens. Par contre il serait utile pour remplacer dès maintenant des réacteurs RBMK en Europe de l’Est ».
    Reste alors à prouver que la mise en œuvre de l’EPR est nécessaire pour maintenir le savoir-faire d’AREVA et soutenir l’activité de recherche pour le futur.

    • Et le charbon ?


    Le charbon est la ressource énergétique fossile la plus abondante, il sera peut-être la seule source fossile encore disponible à la fin du siècle. Sa répartition en Amérique, en Asie et en Australie (et en Europe avec un coût d’extraction relativement élevé) laisse à penser qu’il sera largement utilisé au cours de XXIème siècle ; de ce point de vue il importe de développer les technologies du «charbon propre» pour réduire autant que possible les effets environnementaux et sanitaires liés à son usage. Il se positionnera sans doute comme matière première pour la fabrication de produits se substituant aux produits pétroliers. Sa mise en oeuvre renverra inéluctablement à l’émission de CO2 … et donc à la recherche d’une moindre consommation énergétique dans tous les secteurs consommant actuellement du pétrole ou du charbon. La séquestration du CO2 à l’émission des procédés industriels (dont les unités de production d’électricité), pourra devenir une source de profits pour les industriels du pétrole fortement impliqués actuellement dans la problématique de transport et de séquestration de CO2 dans leurs gisements. L’irruption de ce nouveau marché juteux pour les pétroliers doit nous rendre circonspects vis à vis des choix énergétiques sous influence. Là encore la puissance publique ne doit pas être servilement au service d’intérêts privés.
    7. La complexité des choix énergétiques après 2020-2030 excluent que ces choix résultent des orientations du marché. Pour Sud Energie, une privatisation totale du secteur de l’énergie est incompatible avec une stratégie de choix énergétiques relevant du choix citoyens.
    Développer des politiques énergétiques compatibles avec les besoins, le bien être des populations du monde développé et des pays en voie de développement, respectueuses de l’environnement et de la santé, implique des actions politiques fortes s’inscrivant dans des programmes d’investissement lourds et de long terme. Un effort de recherche est par ailleurs indispensable pour développer les filières alternatives aux combustibles fossiles et au nucléaire de fission actuel. Ces politiques ne peuvent être impulsées et menées à terme que par des services publics nationalisés et des agences internationales disposant des moyens nécessaires à leur mission.
    L’expérience des dernières années tant en Europe qu’en Amérique du Nord montre clairement que la production confiée exclusivement aux intérêts privés élimine a priori les projets dont le retour sur investissement excède quelques années et privilégie la rentabilité au détriment de l’environnement et même de la sûreté. Imposer la privatisation du secteur énergétique nationalisé, créer des « bourses de l’énergie » ouvertes à toutes les spéculations et promouvoir tout à la fois le développement durable, est une imposture que nous dénonçons et que nous combattons.


    Posté le 2003-05-19

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